C’est avec un grand plaisir que je vous livre mon retour sur À durée déterminée. Les ouvrages de Samantha Bailly ont toujours su me séduire. Elle parvient à élaborer des histoires structurées, tout en laissant une place majeure aux sentiments et aux personnages. Il se dégage de ses textes une grande justesse. À durée déterminée n’échappe pas à la règle. Ayant plus qu’apprécié Les Stagiaires, mon niveau d’exigence pour cette suite était relativement élevé. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçue.

Fiche technique

Éditeur : éditions JC Lattes
Auteure : Samantha Bailly
Genre : Roman contemporain
Parution : 08 mars 2017
Nombre de pages : 480

Résumé : Pyxis ! Une entreprise novatrice, audacieuse, dynamique, pilier du marché du divertissement. Le rêve de tout jeune diplômé… du moins en apparence.
D’un côté, il y a Ophélie, ancienne stagiaire en communication, rompue aux lois de l’entreprise et bien décidée à mériter enfin le graal de sa génération : le CDI. De l’autre, il y a Samuel, brillant chercheur en informatique, abattu par la dépression avant d’avoir pu terminer sa thèse. L’une est familière de Pyxis ; l’autre ne connaît rien à cet univers. Tous deux mettent tous leurs espoirs dans ce CDD, sans savoir s’il tiendra ses promesses…

Une structure utile à l’histoire

Écrire un deuxième tome qui soit à la hauteur du premier est un exercice complexe que Samantha Bailly réussit ici haut la main.

Nous retrouvons les protagonistes de chez Pyxis, ayant passé le premier cap du CDD. Le roman s’appuie sur une alternance de points de vue. Celui d’Ophélie, que nous suivions déjà au premier tome, et celui de Samuel, nouvel arrivant chez Pyxis. Une fois encore, cette structure confère au texte du rythme et de la richesse. Elle permet de décentrer le regard, de nous ouvrir à des perceptions différentes. Pour l’un, Pyxis est un moyen d’accéder à son rêve, pour l’autre, une simple parenthèse.

Ainsi, partager tour à tour leurs sentiments permet de leur donner plus de corps. Cela laisse également la possibilité au lecteur de voir le monde de l’entreprise sous deux prismes distincts. C’est là un détail d’importance, puisque cette thématique est la pierre angulaire du roman.

Un style juste

Les points forts du style de l’auteur, que j’avais déjà apprécié dans Les Stagiaires, se renouvellent ici. Le recours au présent apporte du dynamisme et une impression d’actualité qui se prêtent au sujet traité. Samantha Bailly parvient à épurer ses phrases pour n’en garder que l’émotion principale. Son sens du mot juste, de la formulation, donne ainsi plus de poids à ce qu’elle veut dire. Loin du style plat et télégraphique, l’écriture est ici ciselée et travaillée, sans lourdeur ni répétition. Nous nous glissons dans la lecture avec la sensation que chaque virgule est à sa place.

Des thématiques creusées

Notre génération et le monde du travail sont au centre de cette œuvre. Deux thématiques qu’il est parfois difficile de traiter sans basculer dans un discours stéréotypé ou larmoyant. Là encore, Samantha Bailly évite ces écueils pour nous livrer un portait de l’entreprise, de ses codes, de ses enjeux.

Entre justesse et bienveillance, elle dépeint cette mécanique acérée où les espoirs se brisent. Les multiples points de vue qui nous sont livrés nous épargnent une vision manichéenne. Le sens du détail est poussé si loin qu’il s’en dégage une grande impression d’authenticité.
Tout au long de la lecture nous nous représentons avec aisance les enjeux du travail d’équipe, la pression des deadlines à respecter, l’atmosphère des bureaux en open space. Il est donc relativement aisée de partager le quotidien des personnages.

À durée déterminée présente une évolution du rapport au monde du travail. Le regard d’Ophélie se décille, elle parvient à décortiquer les pièges implicites de ce milieu quand d’autres s’y laissent prendre.

Les personnages

Autre point incontournable, les personnages. Si je n’ai pas nourri d’affinité particulière avec Samuel, ce dernier offre tout de même un contraste intéressant par ses aspirations. Il permet de traiter des thématiques importantes, comme la dépression ou la peur de l’échec.

Ophélie, quant à elle, a su évoluer depuis le premier tome. Elle a gagné en confiance, s’est dépouillée de ses illusions, sans perdre de sa détermination. Son attitude semble parfois désabusée mais est surtout plus adulte. Elle permet de rendre compte des difficultés que représente l’entrée dans le monde du travail où il faut souvent composer avec la précarité.

Loin d’être oubliés, les personnages secondaires ont également un rôle à jouer. Chacun a su grandir, prendre des voies différentes. S’égarer, parfois, sans devenir anecdotique.
Ces derniers sont crédibles. Le lecteur peut ainsi se reconnaître dans leurs aspirations, ou bien comprendre leurs points de vue même s’il n’adhère pas à leurs choix.

Cette impression d’authenticité, déjà très présente dans Les Stagiares, fait d’À durée déterminée une lecture magnétique dont il vous sera difficile de vous détacher.

En conclusion

Ce roman peut tout à fait se lire de façon indépendante, mais gagnera plus de force et de sens s’il suit Les Stagiaires. Nous retrouvons ici les points forts du premier tome, à travers le style, la structure et les thématiques, sans que l’auteure ne reste sur ses acquis. Elle nous livre une vision plus approfondie de la vie en entreprise et des difficultés liées au passage à l’âge adulte. Le roman gagne en noirceur, mais aussi en véracité. La gestion de l’évolution des personnages est très bien maîtrisée et donne envie de suivre leur parcours.
Ce roman se hisse sans difficulté dans mes coups de cœur 2017 et j’attends avec la plus grande impatience de découvrir le tome 3, Indéterminés.

Note : Ceux qui liront la chronique des Stagiaires trouveront sans doute des similitudes avec celle-ci. Ayant apprécié des éléments semblables dans les deux romans, il était difficile de ne pas me répéter.

Avez-vous eu la chance de lire À durée déterminée  ?

Cette chronique vous a-t-elle donné envie de le découvrir ?

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