Les Stagiaires est un roman de Samantha Bailly, paru chez Milady en 2014. Même s’il est sorti il y a quelque temps maintenant et que les projecteurs sont tournés sur sa suite A durée déterminée (éditions Lattes), j’ai décidé d’y consacrer une chronique.

Fiche technique

Couverture : Boulet
Éditeur : Éditions Milady
Date de parution : 21 mars 2014

Résumé : Ophélie, Arthur, Hugues et Alix viennent tous d’horizons différents. Leur seul point commun : ils rêvent de travailler chez Pyxis, entreprise spécialisée dans l’édition de mangas et de jeux vidéo, pilier dans le secteur de l’industrie créative.
Une réalité s’impose rapidement : beaucoup de candidats, peu d’élus. Désormais, le stage est devenu une étape obligatoire pour ces jeunes qui sont à la croisée des chemins dans leurs vies professionnelles et affectives.
Provinciale tout juste débarquée, Ophélie a laissé derrière elle petit ami et logement, et doit faire face aux difficultés de la vie parisienne.
étudiant en école de commerce, Arthur est tiraillé entre les grands projets qu’on a pour lui et son envie de mettre la finance entre parenthèses. à leurs côtés, Alix, passionnée de mangas, ne jure que par ses sagas favorites, et Hugues, graphiste, teste ses limites dans les soirées électro…
Dans une atmosphère conviviale, travail et vie privée s’entremêlent.
Pourtant, une question demeure en fond sonore : qui restera ?

Quand la « génération Y » entre en collision avec le monde du travail : un récit marquant dans lequel beaucoup de jeunes adultes se reconnaîtront.

introduction

Samantha Bailly est une auteure que j’apprécie pour ses qualités littéraires, mais aussi pour son engagement en tant qu’auteur. Elle met un point d’honneur à partager sa passion et à aider les autres sur la voie de l’écriture. Je vous recommande chaudement sa chaine Youtube, qui est un concentré de motivation et de bons conseils.
Mais revenons-en à sa bibliographie… J’ai eu l’occasion de lire Âmes Jumelles, Âmes Rebelles et Ce qui nous lie, que j’ai appréciés, pour diverses raisons.
Et puis, il y a eu LE LIVRE. Celui qui a le pouvoir de faire écho en vous. Qui vous hante bien après la dernière page… Le genre de rencontre qui vous marque durablement. Les stagiaires est de celui-là. Il a agi dans mon cœur de lectrice, mais surtout d’auteure, comme une véritable révélation. Je crois bien qu’il est le premier Contemporain à me marquer de la sorte.

Le style d’écriture des stagiaires

L’écriture de Samantha Bailly a quelque chose de vif et de cinématographique qui nous immerge instantanément dans l’histoire. Le choix du présent, très judicieux, confère au texte du dynamisme et de la fraîcheur. La lecture est fluide, naturelle, sans lourdeur ni répétition. J’ai noté un réel travail sur la construction des phrases et sur leur rythme, qui donne au récit plus de poids. Mais au-delà de son style maîtrisé, le véritable tour de force de l’auteure est d’arriver à s’effacer derrière son texte, permettant au lecteur de vivre cette histoire avec un fort sentiment de réalisme.
Moi qui affectionne d’ordinaire un style d’écriture plus ampoulé, j’ai été véritablement séduite par cette écriture vive et incisive qui a su me réconcilier avec l’usage du présent et exploiter tout le potentiel qu’offre cette temporalité.

Autre point positif, le recours à la première personne et à la narration interne. Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que cela est mon type de focalisation favori. Hélas, l’exercice est souvent difficile, et la voix du personnage peut se confondre avec celle de l’auteur. Ici, ce choix donne une vraie puissance au texte. Nous notons une véritable démarcation entre le point de vue d’Ophélie et d’Arthur. Le ton, le vocabulaire, les perceptions, tout est étudié avec un soin extrême pour tisser deux réalités aux couleurs différentes. En cela, la première personne prend tout son sens et permet de susciter efficacement de l’empathie. Le lecteur se voit projeté dans des intériorités variées, palpables… qu’il partage ou non les opinions des personnages, il gagne une position de choix pour les comprendre. Ce roman ne m’aurait sans doute pas tant marqué avec un autre point de vue.

Des personnages fouillés

Si le style et la narration m’ont séduite, les personnages ne sont pas en reste. Nous attaquons ici ce qui est selon moi la véritable force de ce roman, ses protagonistes. Les personnages sont variés, crédibles et creusés. Qu’ils se trouvent au premier plan comme Ophélie ou Arthur, ou soient plus effacés comme Enissa, tous ont des choses à nous dire, à nous apprendre. Comme dans la vie, il y en a certains que l’on affectionnera plus que d’autres, mais aucun n’est vide. Chacun possède son histoire, ses fêlures, ses rêves. Ils sont construits avec finesse et il se dégage d’eux une impression de véracité telle que certains passages m’ont véritablement bouleversée.
À titre d’exemple, je reviens sur le personnage d’Arthur. Samantha Bailly l’a façonné avec tant de nuances et de réalisme, qu’il m’a profondément bouleversé. Ses failles et son désir de s’arracher au déterminisme de son existence m’ont rappelé une personne que j’aimais beaucoup. À tel point qu’au fil de ma lecture, les larmes ont jailli d’elles-mêmes. Ce n’est pas une situation pensée et écrite dans le but d’émouvoir qui m’a touché, mais bien l’authenticité de ce personnage.

 

Des thématiques maîtrisées

Enfin, je ne peux pas achever cette chronique sans vous parler de l’importance des thématiques de ce roman. Stage, monde du travail, génération Y, passage à l’âge adulte parfois grisant, d’autres fois inquiétant… Autant de sujets qui me parlent alors que j’effectue aujourd’hui mon stage de fin d’études à 23 ans. Et c’est justement parce que je me sentais concernée que j’ai eu un peu peur en attaquant ma lecture. Pourtant, l’auteure réussit une fois encore à aborder ces thèmes avec une grande justesse. Loin des jugements, des portraits taillés à la serpe, des raccourcis faciles, elle construit une réflexion poussée tout en amenant le lecteur à s’interroger.

 

Pour conclure sur les stagiaires

Certains livres me marquent plus que d’autres, beaucoup laissent une impression de peu mieux faire, d’inachevés…. En terminant Les Stagiaires, pourtant, j’ai senti que quelque chose était différent… Ce roman a bousculé mes certitudes. Il m’a touché par sa justesse et sa sensibilité. Je n’ai qu’un conseil, foncez. De mon côté, je vous prépare déjà un retour sur A Durée Déterminée. 

Si vous avez aimé ce roman ou que vous souhaitez faire une demande de chronique, n’hésitez pas à commenter 🙂  

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