Dans les productions littéraires, et en particulier dans la littérature de l’imaginaire, il n’est pas rare de voir des primo-auteurs, ou des auteurs confirmés s’essayer à l’écriture de série. L’exercice, en effet, a un aspect séduisant et rassurant, à plusieurs points de vue.

Pourquoi écrivons-nous des suites ?

Plusieurs choses peuvent nous amener à vouloir écrire une série littéraire et il est important, avant d’aborder la façon d’écrire une « bonne suite » de s’interroger sur ce qui peut motiver sa création.

  • Connaissance de l’univers :

Lors de l’écriture d’une suite, nous connaissons, a priori, déjà notre univers. En cela, l’écriture peut sembler plus facile, puisque nous évitons les tâtonnements du début, n’avons pas à repartir à zéro, et pouvons tirer le meilleur de matériaux que nous maîtrisons.

  • Affection et implications :

Au-delà de cette maîtrise, l’affection que nous portons à notre monde et à nos personnages peut nous pousser à vouloir prolonger l’aventure. Il est également plus facile de développer une histoire et des protagonistes que l’on apprécie, et ainsi, d’en tirer une histoire dense, dans laquelle nous nous impliquerons en tant qu’auteur, et pourrons impliquer le lecteur, a priori, déjà acquis à la cause.

  • Densité de l’histoire

L’écriture d’une suite peut apparaître comme une nécessité, s’impose au fil de l’écriture, lorsque nous faisons le constat que l’histoire est trop riche pour être contenue dans un seul tome. En ce cas, nombre d’auteurs débordent ainsi sur plusieurs tomes, durant le travail de préparation, ou encore au fil de l’écriture.

Ces trois points ne sont évidemment pas exhaustifs, mais apportent des éléments de réponse.

Gardons en tête que si l’écriture d’une série a un aspect rassurant, ce dernier est bien souvent trompeur. Un bon tome 2 est aussi complexe que l’écriture d’une histoire inédite unique.

Les pièges de l’écriture de série

Je vous entends déjà protester. Et pourtant, les points énoncés plus hauts, qui semblent faciliter l’écriture, baliser le terrain, ont également leur revers. Des pièges qui expliquent pourquoi des auteurs se cassent les dents sur l’écriture de leur suite, peinent à poser le point final, ou se découragent en chemin.

  • Connaissance de l’univers :

La connaissance de l’univers est un bon point, me direz-vous ! Effectivement, bien souvent, nous nous heurtons à la page blanche faute d’une méconnaissance de notre histoire, de notre intrigue, ou de nos personnages. En théorie, connaitre notre univers sous le bout des doigts, et maitriser les règles qui le régissent, devrait donc nous faciliter la tâche.

À condition de ne pas s’enfermer dans ces mêmes connaissances et de tomber dans le piège du roman encyclopédique, qui explose leur univers sous tous ses angles, sans proposer de personnages, d’intrigues ou d’enjeux suffisamment solides pour maintenir notre intérêt.

Ceci est le premier piège à éviter. Le second résulte dans la tentation de rester en terrain connu, et de finalement ne rien proposer de nouveau.

Votre second tome doit évidemment exploiter la richesse et les atouts du premier, mais également proposer une valeur ajoutée, et non se contenter d’en être la reproduction. Mais nous y reviendrons.

  • Affection et implications :

Là encore, l’affection que nous portons à notre univers peut nous fourvoyer dans l’écriture, et ce, pour plusieurs raisons. Plus nous portons de l’affection a un projet et plus il est difficile d’avoir le recul nécessaire pour le juger, raison pour laquelle il est vivement conseillé de ne pas se lancer dans la correction, ou dans la suite d’un projet, sitôt posé le point final, mais plutôt de laisser reposer le temps nécessaire, et de recourir à l’aide de bêtas-lecteurs.

Attendre, en effet, nous permet de prendre de la distance avec notre projet, et de gagner en lucidité et en capacité d’analyse. Lorsque vous venez de finir un projet, vous avez du mal à supprimer des passages, ou retoucher des phrases durement écrites. Vous êtes plus conciliants.

Avec le temps et le recul, les défauts du texte apparaîtront de façon plus saillante, et vous aurez moins de difficultés à effectuer les coupes et les corrections nécessaires, à tuer vos chéris, comme disait Stephen King.

Notez également que vos bêtas-lecteurs, si vous choisissez d’y faire appel, auront un regard autre, qui vous permettra de percevoir des défaillances que vous n’auriez peut-être pas corrigées seul, comme des confusions ou des incohérences. Ils sont à mon sens primordiaux pour vous accompagner dans une série.

Nous avons un peu dérivés, mais cela pour montrer que notre affection et notre grande implication dans un projet, font de nous de mauvais juges et, le temps est notre meilleur aillé pour corriger ce travers.

  • Densité de l’histoire :

Bien souvent, lorsque vous demandez à un auteur pourquoi s’oriente vers une trilogie (ou plus !) il répond, « parce que tout ne retrait pas dans un ! ». Ou sa variante « je ne sais pas combien j’en ferai, je verrai au fil de l’histoire la place que cela prend ».

Bien entendu, il est possible d’improviser au fil de l’écriture, et les suites écrites de cette manière ne sont pas forcément mauvaises.

Mais cette méthode ne conviendra pas à tout le monde, et pourra vous mettre face à un certain nombre de difficultés. En effet, l’absence de préparation en amont favorise les problèmes de rythme (histoire qui traîne trop en longueur, digression), les manques d’enjeux ou de cohérence, et rend complexe la construction d’une intrigue ou de personnage qui soient à la fois denses, marquants, et cohérents.

Enfin, se fier à la seule densité de l’histoire peut conduire à mal penser ses coupes d’un tome à l’autre, à se retrouver avec des suites redondantes, inutiles, ou encore, à un manque d’unité au sein du récit.

Voici quelques points clefs à garder en mémoire au fil de vos expérimentations et projets. Ces derniers doivent vous guider, non vous restreindre.

Les points à garder en tête

  • Absence de planification : gare aux contradictions et aux incohérences
  • Ne pas abuser des fins ouvertes, au risque de lasser et irriter votre lecteur
  • L’écriture de série est un engagement sur le LONG terme qui demande de la patience et de la persévérance
  • Votre projet sera plus lourd et difficile à défendre si vous souhaitez le publier
  • Vous perdrez forcément des lecteurs en chemin, à titre d’exemple, les éditeurs tablent sur une perte de 20% d’un tome à l’autre

Memo pour écrire une suite solide :

  • Pensez votre structure
  • Développez vos personnages et faites évoluer leur personnalité et leur but
  • Anticipez les directions globales de votre intrigue
  • Clore une intrigue par tome, et conserver une intrigue plus globale tout le long de la série
  • Prenez le recul nécessaire
  • Apportez de la valeur ajouté / nouveau méchant ou nouvelle menace par exemple.
  • Soignez vos enjeux et vos tensions, pour éviter les suites creuses.
  • Sachez écouter vos lecteurs sans faire du fan service
  • Faîtes vous plaisir !

Cet article est la retranscription de la conférence sur l’écriture de série qui a eu lieu le samedi 20 Juin, lors du salon virtual « Virtual Book Fair » sur Discord.