L’écriture, source de frustration ? Vraiment ? On parle souvent du bonheur de la création, de la satisfaction du point final, du plaisir à trouver le mot juste… En oubliant les instants d’incertitude, de blocage, de travail acharné, ou tout simplement la frustration de pas pouvoir écrire.

Dans mes carnets s’entassent quantité d’articles à écrire, ou à poster, mais je prends aujourd’hui le temps de rédiger une note plus personnelle. Depuis mon entrée en Master 2 édition une course contre la montre a commencé. Un enchainement de tâches m’a forcé, pour la première fois, à mettre l’écriture en pause.

Cet état de fait a profondément bouleversé mon rapport à l’écriture, et plus particulièrement de la question de la frustration que peut (aussi) apporter cette activité.

 

Une course infernale pour écrire

Venons en tout de suite à la partie personnelle de cet article. Celle qui m’a conduit à mettre tout le reste en pause, pour un instant. Je n’ai plus le temps d’écrire. Voilà. C’est dit.

L’admettre m’a pris un temps fou et fut certainement plus douloureux que de me perdre dans cette course infernale.

Dans l’article routine d’écriture, j’expliquais que pour trouver le temps d’écrire, il faut être prêt à mettre cela en priorité, quitte à rogner sur le visionnage d’une série ou sur le rythme de nos sorties. Je le pense toujours. Mais il m’est impossible de l’appliquer, pour l’instant.

Après avoir validé mon master de création littéraire, j’ai choisi de suivre un master d’édition, qui avait la réputation d’être sélectif et exigeant. Cela faisait partie de mon plan, depuis le début. Me consacrer durant deux ans à ma passion, voir la place que celle-ci prenait dans ma vie, puis m’investir dans cette formation éditoriale, par réel intérêt pour ce milieu.

Je savais que cela serait intense. Après tout, nous avions 6 mois pour apprendre les rudiments du métier d’éditeur. 6 autres pour mettre notre expérience en pratique au sein d’un stage. Et, en parallèle un mémoire ainsi qu’un lourd projet éditorial.

Je savais que je manquerais de temps. Oui. Mais je ne pensais pas devoir cesser d’écrire.

Quand écrire devient une pression

Mon emploi du temps variant chaque semaine. Impossible donc de s’organiser sur le long terme. Seule constante : des journées chargées. Mes cours commencent en général à 10h30. Je suis debout à 7h30 pour travailler. Durant la pause de midi, je mange, je m’occupe parfois de boulot éditorial (correction, BAT, Service Pression…). Puis je sors de cours à 18h. Et à partir de là, je travaille jusque tard dans la soirée, en comptant une pause repas.

Résultat, quand je parviens à me dégager une heure (de 23h à minuit par exemple) je manque cruellement d’énergie. Je m’écrase sur mon lit, et regarde des vidéos/ joue, pour me vider la tête.

Peu à peu, pression et frustration se sont installées. Depuis deux ans, j’avais trouvé mon rythme d’écriture, pris l’habitude de travailler quotidiennement. Je n’y parvenais plus. Je rognais sur mon temps de sommeil, me mettais une pression incroyable pour dégager un peu de temps, poussée par cet impératif Tu dois écrire ! Puis, une fois face à ma page Word, je n’étais plus capable de rien. Comme une coquille vide.

À cela s’ajoutait tout un tas de pressions extérieures. À l’heure où les réseaux sociaux permettent une exposition à grande échelle, je me suis égratignée sur les statuts d’auteurs. Pas pour des histoires de publication ou de contrat, non, j’ai heureusement appris à ne pas me comparer aux autres ; mais simplement parce que j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose. De prendre du retard, en quelque sorte. Je n’écrivais pas assez, pas assez de pages, pas assez d’heures, pas assez de promo, pas assez de nouveautés….

Apprendre à lâcher prise

L’année 2017 a été riche en écriture. Je manquais donc déjà d’énergie, et le master n’a rien arrangé. Quand est arrivé le NaNoWriMo, un sentiment d’échec m’a enserré. Je l’ai commencé, sans pouvoir le poursuivre. Même pas un peu. Je me retrouvais dans la même configuration que mon année de licence. Privée d’écriture.

Je me suis essoufflée, j’ai couru encore et encore. Puis, j’ai fini par l’admettre. En l’état actuel des choses, je n’ai ni l’énergie ni le temps d’écrire. Pour moi, formuler ces mots n’a pas seulement été difficile. Cela m’a paru inconcevable. Comme si je reniais une part de moi-même. Ces cours qui me passionnaient me donnaient finalement l’impression de m’éloigner de ce pour quoi j’étais faite. J’ai dû prendre du recul. Poser les choses.

Je veux travailler dans l’édition. Pas pour mettre du beurre dans les épinards, mais parce que j’ai la sensation que j’y suis à ma place. Je savais qu’il aurait été stupide de tout arrêter.

Durant ces semaines sans écriture, je ne me suis jamais sentie aussi vide. Et, en même temps cela m’a prouvé une chose : l’écriture ne sera jamais une phase. Elle est au centre de tout. Je dois juste attendre le moment venu.

Être une écrivaine et travailler dans l’édition

En entrant dans le master, je croyais devoir choisir entre l’écriture et l’édition. Aujourd’hui, j’ai compris qu’il y a une différence cruciale entre ce que je suis et ce que je veux faire. Rien n’écartera l’écriture de ma vie, qu’importent les temps de pause nécessaires. Cela fait partie de moi, depuis toujours.

Pour rompre cette course infernale, j’ai fini par faire une chose toute bête. Garder la porte fermée. Admettre que jusqu’en mars, je tournerai au ralenti. Que cela ne devait pas m’empêcher de mûrir des projets. De préparer des synopsis. D’entretenir ce manque, qui rendrait ensuite les retrouvailles meilleures. J’ai admis que je devais me consacrer pleinement à ces études, car les mois fileraient bien trop vite. Qu’il me fallait en tirer le meilleur, car j’avais une chance rare, celle de faire ce qu’il me plait !

À croire que ce temps de réflexion était nécessaire, puisque cela m’a permis de boucler un Bon à tirer, et d’avancer dans la nouvelle version de mon roman contemporain.

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