y a quelques semaines, des auteurs se sont rassemblés sur YouTube autour du tag Mes plus grandes erreurs d’écrivains.

Même si je n’ai pas participé à l’époque, ne disposant pas de chaîne YouTube, je trouve la démarche pertinente et utile. Se questionner sur les erreurs que nous avons pu commettre est un bon moyen de ne pas les reproduire, tout en prenant conscience du chemin parcouru, ( un exercice ô combien difficile pour moi,). Cela permet de conscientiser ce qui marche, dans notre écriture, pourquoi ça marche, et ainsi, de s’améliorer.

C’est pourquoi j’ai décidé de reprendre ce tag, sur mon blog, puisque le format écrit semble vous convenir pour ce genre de sujet. L’heure est venue de mettre à mal mon ego en vous révélant mes plus grandes erreurs de jeune écrivaine, et la façon dont j’en suis venue à bout.

La progression, dans l’écriture, l’apprentissage se fait par palier. On stagne, et puis on passe une étape, qui nous fait aller de l’avant. Chez moi, chacun de ces grands pas a été fait en m’affranchissant des erreurs suivantes.

M’accrocher à mon premier texte

Outre les erreurs les plus classiques que l’on rencontre dans l’écriture d’un premier roman (style pompeux qui en fait trop, personnages manichéens, présence d’une Mary sue (ce personnage qui est une copie de vous-même, mais en mieux), auquel mon premier roman n’a, sans surprise, pas échappé, je me suis obstinée à faire une erreur plus tenace : ne pas aller de l’avant.

L’écriture de ce roman avait été d’une simplicité enfantine, m’apportant une grande bouffée de joie et de liberté, à chacune des pages. J’avais alors 14 ans, et ce premier texte achevé constituait ma plus grande fierté.

 Son écriture m’avait véritablement plongé dans un autre monde, me donnant la sensation de vivre véritablement une aventure. Une expérience très forte, que je n’ai plus retrouvée par la suite (ou du moins plus complètement), une fois dépouillée de la candeur des débuts. Écrire ce texte, ce fut comme ressentir les émois d’un premier amour.

Vous devinez la suite ? Je n’avais plus envie de le lâcher. Très vite, j’ai pris conscience des faiblesses de ce roman. Mais plutôt que de passer à la suite, je me suis acharnée à le remettre à niveau. Le réécrivant, encore et encore, à mesure que je progressais en tant qu’auteur.

Sauf que, chaque histoire à ses limites. Et parfois, il faut simplement admettre qu’un récit est achevé, qu’il vieillira et qu’il faut écrire autre chose. Lorsque je termine un roman, j’ai presque toujours l’impression qu’il s’agit de la meilleure chose que j’ai écrite. Six mois plus tard, je le trouve déjà dépassé.

L’écriture a cela de formidable qu’elle permet une constante évolution. Mais les trois premières années de ma vie d’écrivain (14 à 17 ans) ont été du sur place. Trois années pendant lesquelles je m’accrochais à mon premier texte (puis à son second tome) sans parvenir à passer à autre chose. Par affection, oui, mais aussi, et surtout par PEUR. Peur de ne rien faire de mieux, peur que cette réussite ne soit qu’un « accident »…

Ce n’est qu’avec le NaNoWriMo 2015, et l’écriture de ce qui sera mon premier roman publié, UNEKSA, que j’ai pu aller de l’avant. Confirmer l’essai. Progresser en tant qu’autrice.

Aujourd’hui, je ne m’appesantis jamais sur un texte. J’avance, que le résultat me plaise ou non. Et c’est en écrivant d’autres choses, que j’acquiers de nouvelles compétences qui pourront me permettre, peut-être, de revenir sur un roman pour le retravailler comme je le souhaite, ou encore, d’écrire une chose plus aboutie.

C’est ainsi que l’année dernière, j’ai pu achever un roman qui me trottait en tête depuis 2015, et que je n’avais jamais écrit jusqu’alors, faute d’expérience et de techniques suffisantes.

Ne pas me faire confiance

Ah… Le manque de confiance se retrouve dans toutes les strates de mon existence et qui n’a pas épargné l’écriture. Aujourd’hui, j’ai appris à tolérer sa présence, mais à ne plus lécouter. C’est lui qui m’a soufflé queje n’étais pas légitime pour parler de certaines thématiques dures, comme le rejet, le deuil, la dépression, l’alcoolisme, par exemple.

Mais c’est également l’erreur que j’ai corrigée le plus facilement, grâce à mon amour pour l’écriture. Cette passion prenait tant de place, s’est imposée avec une telle évidence dans ma vie, que je ne me suis que peu laissée freiner par la peur. Bien sûr, il m’arrive encore de me dire que je ne serais pas à la hauteur, de douter de ce que j’écris. Mais aujourd’hui, j’ai compris que le doute fait partie intégrante de l’écriture. Le doute peut même être positif, s’il amène à une bonne remise en question. Mais que cela ne doit pas m’empêcher d’avancer.

Si je peux vous donner un conseil, c’est d’accepter cette peur, mais de ne pas lui laisser les rênes.

Ne pas prendre le temps

Je suis de nature impatience. Ce qui est paradoxal, puisque je me montre aussi perfectionniste. J’aime les choses bien faites. Je peux donc consacrer beaucoup de temps à rendre un travail soigné.

Mais, je suis aussi du genre à me lancer dans un récit dès que l’idée émerge, poussée par l’émotion et par l’inspiration, et à faire un rush final pour conclure, le plus vite possible, et que l’histoire prenne forme. J’ai la capacité d’écrire (relativement) vite, il ne me faut guère plus de trois mois pour achever un texte, et je suis connue pour être très efficace dans mes travaux de rédactions.

En quoi est-ce une mauvaise chose ? Eh bien, je ne sais pas prendre le temps. Ou plutôt, je ne le SAVAIS pas. Et cela a rejailli dans plusieurs aspects de mon écriture :

.Je ne préparais pas assez mon roman

. Je n’entrais pas suffisamment dans le détail. (conséquence du point soulevé plus haut)

.Je ne prenais pas assez de recul sur un texte pour y porter un regard neuf

.Je ne me laissais pas le temps de souffler entre chaque projet

Autant d’erreurs qui trouvent leur source dans mon tempérament impatient, oui, mais aussi dans l’injonction de productivité dans lequel nous sommes baignés. Une injonction, qui s’est ancrée en moi, exacerbée par les réseaux sociaux, où j’avais en exemple de nombreux auteurs prolifiques. (Je ne les blâme pas, je me blâme moi d’avoir ce pénible réflexe de me comparer).

Mon dernier projet, un cap dans mon écriture

Or, avec mon dernier projet, j’ai dû prendre ce temps-là. En suivant les masterclass de Cécile Duquenne, j’ai compris au combien le temps fait partie intégrante de la maturation d’un roman. Toujours grâce à ses masterclass, j’ai obtenu des outils pour mieux travailler et préparer mon récit, et avoir une plus grande maîtrise de mes personnages et de mon intrigue. Et cela se ressent. Cela se ressent vraiment. Mon dernier texte est plus vivant, plus maîtrise, plus juste.

Mon manque de patience, je l’avais déjà corrigé en partie dans Comme sur des roulettes. Un projet qui a connu 4 versions successives, et plus d’un an de correction, et qui est à ce jour, le roman publié qui me ressemble le plus.

N’oubliez jamais que l’écriture d’un roman, tout comme le métier d’écrivain, ne se limite pas à l’écriture. Les temps de pause, de maturation, de réflexion sont essentiels pour progresser et se perfectionner. À vouloir calquer des modèles de productivité, à se contraindre d’en faire plus, toujours plus, il n’en résulte qu’épuisement, stagnation, et frustration. Prenez le temps de souffler, vraiment. C’est important.

En conclusion

Difficile d’être exhaustifs quand il s’agit de lister nos erreurs de parcours, mais j’espère pour autant que cet article vous a plu, et vous a été utile. J’ai essayé d’adopter un angle de vue large, afin de comprendre les origines de ces mauvaises habitudes, et l’intérêt de s’en défaire, raison pour laquelle je n’ai abordé ici que des points généraux, sans trop entrer dans le détail.

Vous ne pourrez pas tout corriger, tout maîtriser en même temps. Il n’y a qu’en multipliant les projets et les expériences que vous parviendrez peu à peu à vous améliorer. Un pas après l’autre.