Bonjour Ahava. Le 28 février est paru ton roman Les audacieuses aux éditions City. J’ai d’ailleurs eu le plaisir de le découvrir en service presse et de le chroniquer. Il y a beaucoup à dire sur ce (très bon) livre et c’est la raison pour laquelle je t’ai proposé de te prêter au jeu de l’interview.

Un grand merci d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions.

Genèse et écriture

Après Baby Jane à Broadway, ton roman Les audacieuses nous emmène aux Etats-Unis dans les années 1970-80. Nourris-tu un intérêt particulier pour les E-U ou le cadre a-t-il découlé naturellement de ton histoire ?

Je voulais écrire un campus novel (un roman qui comme son nom l’indique, se déroule majoritairement sur un campus). En France, ce genre n’existe pas vraiment, mais au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, oui. J’ai été très marquée par Le Maître des Illusions de Donna Tartt et Délicieuses Pourritures de Joyce Carole Oates. Comme je travaille moi-même dans le milieu universitaire anglo-saxon, ça m’a effectivement paru naturel d’ajouter ma pierre à l’édifice.

D’ailleurs, qu’est-ce qui t’es venue en premier dans Les audacieuses ? L’intrigue, les thématiques, les personnages ?

Le lieu, oui. Une université du type des Sept-sœurs (pendant féminin de la Ivy League), conservatrice et pourtant tourneboulée par la révolution des mœurs. Je crois que j’ai voulu écrire ma propre version du Cercle des Poètes Disparus. Féminine, évidemment.

Comment s’est articulée l’écriture de ce roman ? Est-il plus facile d’écrire un second roman, ou, à l’inverse, ressentais-tu une pression particulière ?

Ce n’est pas plus facile. D’autant que j’ai tendance à écrire un roman comme si c’était le dernier. Je me mets donc la pression toute seule. Il m’a fallu cinq ou six mois pour écrire ce roman et il y a eu de nombreuses réécritures. La première version se focalisait beaucoup sur les cours de Français et était, disons, philosophiquement plus dense (avec des gros dialogues sur l’existentialisme, genre Woody Allen puissance mille). J’ai coupé tout ça pour me concentrer sur l’amitié tumultueuse du trio.

Les personnages

Les personnages de Tennessee, Bérénice et Zola, au centre de ton histoire, sont extrêmement fouillés. Comment procèdes-tu pour leur donner vie ?

J’essaie de ne pas les réduire à un cliché narratif. Elles ne servent pas le récit, elles produisent le récit. Bien sûr, elles suivent des archétypes précis ; l’intello, la rebelle et la boulotte complexée. Il faut que les lecteurs les identifient facilement, mais il faut aussi qu’elles résistent à l’interprétation du lecteur.

Te reconnais-tu particulièrement dans l’un des membres du trio ? Ou garde-tu une distance avec tes personnages ?

Je me reconnais dans leur naïveté et leurs choix hasardeux qui ne sont que l’expression de l’intrépidité de leur jeunesse.  Mais à vingt ans, c’est comme ça, on se croit invincible donc on fonce dans le mur avec joie.

La professeure Worstward est un personnage secondaire marquant par son ambivalence, elle se détache des autres protagonistes. Que peux-tu nous en dire ?

Le professeur à l’influence douteuse est un personnage phare de la mythologie universitaire. On rencontre tous à un moment donné un ou une professeur(e) Worstward, une personne qui use de son charisme pour masquer son évidente médiocrité. Puis vous grandissez et vous rencontrez des personnes vraiment intéressantes. Ce qui une fois vous aura paru grand, vous paraitra ensuite ridiculement petit.

Style et construction

Tu as une écriture très visuelle, évoquant par certains aspects le scénario cinématographique. Cela fait-il partie de ton style ou l’as-tu travaillé pour ce texte, en particulier ?

Je m’inspire souvent de films, donc cela doit jouer. Les descriptions sont pour moi très importantes, c’est vrai. J’aime quand elles sont concises et justes. J’examine parfois des passages de roman qui m’ont visuellement marqué et j’essaie de comprendre les rouages de l’auteur.

Ton roman fait la part belle aux images et au métaphores, comme avec le mythe de Sisyphe ou la grande roue. Y as-tu songé en amont ou cela s’est-il imposé au fil du texte ?

J’y ai pensé en amont. Le mythe de Sisyphe, la circularité de la vie, le boomerang, les circonvolutions de la grande roue, le passé qui s’enroule comme un serpent sur le présent. De même, la fin du texte n’a pas été laissée au hasard.

L’un des points forts de ce roman est l’alternance entre narration passée et présente, qui renforce l’intérêt et le rythme du texte. On retrouvait une structure similaire dans ton premier roman. Est-ce ta marque de fabrique, ou cela se prêtait-il simplement bien à ce texte ?

C’est la marque de fabrique des romans Charleston pour être honnête. J’ai simplement chopé le virus. En tant que lectrice, je n’aime pas l’alternance entre passé et présent. Pour ce texte, ç’était une évidence, puisque tout est abordé de façon cyclique. Mais il faut vraiment que je m’en détache.

Parcours éditorial

Le cap du second roman a la réputation d’être redoutable, puisque que 50% des auteurs en moyennes ne publient pas une seconde fois. Comment te sens-tu quelques jours après la sortie ?

Je vois que nous avons toutes les deux lu le blog de Stoni ! Je me sens bien, je crois, je souhaite simplement le meilleur pour ce roman.

Souhaites-tu ajouter quelque chose sur ce roman ? Nous faire part de nouveaux projets ?

Vive nos amitiés qui resteront, je crois, nos plus belles histoires d’amour.

Quant aux nouveaux projets…ils viendront quand ils viendront.

 

Merci à toi pour cet agréable moment de lecture et de partage.

Leave a Reply