Bonjour Blandine ! Merci d’avoir répondu présente pour cette interview. Tu es une autrice à l’imagination hyperactive, passée depuis quelques années du côté indépendant de la force… de l’édition ! Je te reçois aujourd’hui dans la section mots d’auteur afin d’aborder ton parcours, et la façon dont l’auto-édition a influencé ta créativité. Dans le prochain article, nous parlerons plus en détail tes mécanismes d’écriture. Prête ?  

Blandine P. Martin, autrice prolifique

Comment définirais-tu tes débuts dans l’écriture ? Comme un tâtonnement ? Une évidence ? Un besoin d’exutoire ?  

J’ai toujours eu besoin de créer, que ce soit en écrivant, en imaginant des histoires, ou en dessinant, par exemple.  Mon imaginaire s’encombre bien trop vite et créer s’avère être la solution vitale à mon bien être. C’est une passion nécessaire à mon équilibre, et qui en plus, me nourrit par le bonheur qu’elle me procure.

Ma première histoire, c’était une bande dessinée de niveau maternelle… ça remonte ! Il y a ensuite eu les fanfictions, pour changer les fins de mes séries préférées, imaginer des scénarios qui correspondaient plus à mes attentes, etc. Adolescente, j’ai découvert grâce à internet les forums RPG où chacun pouvait incarner un personnage et le faire vivre.

Tout ce cheminement n’a fait que renforcer ce besoin constant d’écrire.

Et puis j’ai débuté mon premier roman, qui s’avéra ensuite devenir une trilogie. J’ai cherché comment contacter des maisons d’édition en me basant sur une simple question : et si ? Je n’avais rien à perdre à tenter le coup.

Je n’avais alors encore jamais entendu parler de l’autoédition, et ce chemin semblait être le seul à suivre. J’ai reçu mes premiers contrats.

Voilà comment tout a commencé réellement en 2014.

Saga des Wild Crows de Blandine P. Martin

Le choix assumé de l’auto-édition

Beaucoup considèrent l’auto-édition comme une solution de facilité, ou de dépit, réduisant cette pratique à de l’amateurisme. Mais pour toi, ce mode d’édition était pleinement assumé, et semble tout à fait te convenir, puisque tes romans ont trouvé leurs lecteurs. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Un besoin de liberté, pareil à celui qui anime les Wild Crows ?  

Avant d’en passer par l’autoédition, j’ai cheminé au fil de diverses maisons d’éditions, des petites, mais aussi une grande. 

Le constat qui s’est imposé à moi était simple : bien souvent, chez un éditeur, je n’étais qu’un produit sur lequel on testait des méthodes de promotion aléatoires, voir pour certains cas, inexistantes ou extrêmement maladroites. Dans l’hypothèse où le lancement était raté, on refourguait mon livre au placard, au chaud dans un catalogue peu exploité en dehors des gros titres d’affiche.  

Et puis, plus les sorties passaient, plus l’idée d’être le dernier maillon de la chaîne, alors que la plus grosse partie du travail me revenait, me déstabilisait. 

Je ne comprenais pas que celui qui crée l’histoire soit le moins bien servi.  Je n’assumais pas non plus l’idée que parfois, aucun effort ne soit déployé pour mettre en avant ce travail qui m’avait pris des mois, ou bien que des erreurs incroyables surviennent dans leurs méthodes… le manque de communication, parfois aussi, m’atteignait. 

Alors j’ai commencé à me renseigner sur une méthode alternative encore peu commune en 2014 : l’autoédition.  

J’ai découvert que certains de mes confrères en vivaient désormais bien et que, loin de l’image de rebut comme ses détracteurs tendent à véhiculer à son sujet, l’édition indépendante remplie régulièrement ses rangs d’auteurs tout simplement désireux d’un système plus juste, plus proche de leurs attentes et plus libre en terme d’expression artistique. 

L’autoédition n’est pas un choix par dépit. C’est un choix assumé, parce que l’autre voie ne nous correspond pas ou plus. 

J’ai commencé avec une romance historique, et en dépit de la niche minuscule que représente ce genre, les résultats m’ont bluffé. J’ai donc poursuivi dans cette voie-là. Aujourd’hui, mes nombreuses sorties m’ont permis d’abandonner mon emploi dans lequel je tournais en rond pour faire de ma passion mon métier à plein temps.  

Beaucoup d’auteurs jouent désormais sur les deux tableaux, et sont hybrides : il sont indépendants pour certains de leurs ouvrages, et publiés en maison d’édition pour d’autres. Un combo qui peut s’avérer très efficace. 

Dans une crise du livre sans précédent, on entend chaque jour parler de la situation précoce de chaque stade de la chaîne du livre, mais on omet le premier, le principal, celui sans qui l’histoire ne verrait pas le jour : l’auteur. 

Les romanciers indépendants ont simplement fait le choix de penser à eux avant de penser aux intervenants de ce milieux, et de favoriser leur confort de vie et d’écriture plutôt que les paillettes d’une très éventuelle célébrité qui n’est qu’éphémère et ne remplit pas le frigo. 

Quant à la liberté, bien évidemment, c’est un moteur dans cette démarche : je suis libre de choisir les professionnels avec qui je souhaite travailler, de choisir mes couvertures, les moyens de promouvoir mon livre, de le modifier avant, ou en cours de route… 

Bref, je suis capitaine de mon propre navire.  Ça n’a pas de prix ! 

Trilogie des Passeurs de lumière de Blandine P. Martin

Auto-édition et rapport à l’écriture

Est-ce que le passage à l’auto-édition a changé ton rapport à l’écriture ? De quelle manière ? 

Oui, certainement. Lorsque j’étais publiée en maison d’édition, je me contentais de mon premier jet, et je me reposais ensuite sur les compétences de l’équipe éditoriale pour me dire ce que je devais reprendre, modifier, ajuster, afin de correspondre aux lignes de la maison, mais aussi, aux ventes du moment.  Logique, puisque ce sont des entreprises qui vendent un produit, et que nous ne sommes alors qu’un créateur. 

En tant qu’indépendante, je dirige les opérations, ce qui implique que je suis responsable de chaque réussite, mais aussi de chaque échec. Il m’incombe de redresser la barre quand les choses ne conviennent pas.  

Certes, je m’entoure de professionnels pour divers domaine : correction, diffusion,  par exemple, mais pour le reste, j’ai choisi cette liberté d’action, et par conséquent, j’ai également choisi d’en assumer l’entière responsabilité. 

Je ne me repose que sur moi-même; mes choix impactent mon parcours, et celui-ci est construit de nombreux tests et essais en tous genre, parce que c’est aussi ça être auteur indé : ne pas avoir peur d’essayer des choses pour trouver les meilleures méthodes. 

J’apprends depuis le début à me relever de chaque petite chute pour en sortir grandie. On se trompe, parfois, on apprend de son erreur, on recommence, on s’améliorer, etc. 

Loin d’être inquiétant, c’est grisant, enrichissant : j’apprends chaque jour dans de nombreux domaine, je me forme pour me professionnaliser. 

Duologie d’Harper Jones de Blandine P. Martin

Atteindre ses objectifs

L’auto-édition demande de mobiliser de nombreuses connaissances et techniques ainsi qu’un sens de l’organisation à toute épreuve. Tu livres d’ailleurs beaucoup de conseils à ce sujet sur ton site. Mais t’est-il déjà arrivé de traverser des moments de doutes, d’incertitudes ?

Premièrement : ne pas être seul.  

Je m’entoure de personnes qui comprennent ce que je vis : des auteurs, des bêta-lectrices, des amis, mon mari. 

Leur soutien au quotidien est primordial pour mon équilibre.  

L’entraide entre auteur existe, il faut trouver les bonnes personnes, et je peux vous garantir qu’avancer ensemble décuple les forces. 

Deuxièmement, bien sûr que j’ai traversé des périodes de doutes. Tous mes romans ne font pas un carton à leur sortie, parfois, je commets des erreurs dans le quotidien, et il m’arrive de me poser des questions. 

Mais j’ai choisi d’agir de manière positive. Je crois fermement à la loi d’attraction, personnellement.  Je crois que l’on attire à soi ce que l’on émet, ce que l’on dégage, donne. Que la vie est assez bien faite pour qu’un jour, on puisse récolter le fruit de nos efforts. 

Alors je m’autorise ces doutes, mais pas longtemps. Ensuite je me reprends, je regarde le positif dans la situation, et je me focalise dessus. Douter, c’est bien, se remettre en question, nécessaire. Mais alors, il suffit de prendre les bonnes décisions, pour s’améliorer encore et encore, parce qu’on a toujours quelque chose à apprendre à perfectionner. C’est uniquement comme ça qu’on avance. 

Enfin, je pense que la seule chose qui différencie celui qui stagne de celui qui avance, c’est l’état d’esprit dans lequel il se trouve. Quelqu’un qui s’inquiète tout le temps, ne croit pas en ce qu’il fait et s’apitoie sur ce qui lui arrive n’évoluera pas. En revanche, celui qui apprécie chaque petite victoire, qui trouve assez de confiance en lui pour croire en ses projets et qui cherche sans cesse à s’améliorer, lui, ira loin. Je crois que la façon d’être et d’aborder la vie et ses imprévus change toute la donne. 

La semaine prochaine….

Merci Blandine P. Martin pour ton investissement et pour ces réponses d’une grande clarté. Amis lecteurs, rendez-vous lundi prochain pour la suite de cette interview. Il sera question de routine d’écriture, d’inspiration, et de la situation des auteurs en France. En attendant, vous pouvez retrouver Blandine sur son site ou ses réseaux-sociaux !