Nous voici dans la seconde partie de l’entretien avec Slimane-Baptiste Berhoun. A la fois auteur, réalisateur et acteur, il vient nous parler de la Meute.  Le roman est paru chez Bragelonne en papier et en numérique. Vous pouvez retrouver la partie 1 de l’interview ici. Intéressons-nous maintenant à l’écriture de Slim et à ses processus de création.

Le STYle d’écriture de SLIM

Laura : L’humour et l’écriture méta que l’on retrouve dans La Meute sont-ils une caractéristique de ton style ? As-tu travaillé ces points spécialement pour le roman ?

Slim : C’est une question que je me suis posée au moment d’écrire un second roman.
Il y a l’humour propre à la façon de parler des personnages qui vient donc de la série. Et il y a l’humour du narrateur qui est mon style.
À un détail près : les blagues méta (briser le 4e mur) qui ponctuent le début du bouquin viennent du fait que j’aime ça et que j’avais besoin de relativiser l’écriture. Plus on avance dans l’histoire, moins il y en a. Au fur et à mesure je m’assumais en tant qu’auteur. Si on veut que le lecteur rentre dans l’histoire, on ne peut pas constamment le mettre à distance.
L’approche méta est mon approche d’eau tiède, ma façon de tâter le terrain. Plus ça va, moins j’ai besoin d’y faire référence.

l’influence de l’écriture scénaristique

Laura : Est-ce que ton expérience de scénariste a eu une influence sur ton écriture ? Comment s’est passée la transition pour l’écriture du roman ?

Slim : J’ai commencé à travailler en me documentant sur la structure scénaristique. Sauf qu’au bout d’un moment, c’est aliénant de travailler comme ça. Il y a tellement de codes que tu peux passer ta vie à étudier la façon d’écrire. J’ai dû laisser tomber cet aspect-là et me faire un peu confiance.
Malgré tout, je reviens à ces méthodes. Je me rends compte que j’ai des trous dans mes histoires et que si je ne les complète pas je n’arrive pas à tenir mon rythme d’écriture journalier.
Et puis, je déteste être bloqué devant mon ordinateur sans savoir quoi écrire. Je préfère passer du temps à écrire et me forcer pour raconter une scène. Peu importe que le style vienne ou pas, je sais que j’aurais une page à la fin de la journée. Plus je découpe et je séquence en amont, mieux je me porte.

La vraie liberté d’un roman par rapport à la web série c’est que je peux changer mon découpage en court de route.

Mais cette influence va dans les deux sens. Autant mon côté réalisateur m’a aidé à écrire la Meute, autant j’ai l’impression que ce roman va m’aider à être un meilleur réalisateur. Je travaille tellement les points de vue, le vocabulaire du personnage, ce qu’il peut ressentir, ce que le narrateur sait ou pas en fonction de la focalisation, que je vais davantage me poser la question de savoir à quel point de vue j’ai envie de faire découvrir cette scène.

Un travail de longue HALeine

Laura : Quelles sont les difficultés auxquelles tu as été confronté lors de l’écriture de la Meute ?

Slim : Je n’ai pas eu de difficulté particulière si ce n’est la difficulté inhérente à tout écrivain, l’inspiration, le mal à s’y mettre, l’opiniâtreté que ça demande.
Quand j’avais des problèmes scénaristiques, je pouvais en parler à François et ça se débloquait assez vite.
La plus grande difficulté a été la découverte de cette première expérience : devenir auteur pendant l’écriture

Laura : C’est dû à la peur d’arriver au bout ou bien à la difficulté de s’y mettre ?

Slim : C’est les deux, la peur d’arriver au bout et de se dire que c’est beaucoup moins bien que prévu, et aussi une part de flemme en se disant qu’on écrira demain.

Laura : Combien de temps as-tu mis pour écrire la meute ?

Slim : Ça m’a pris 6-7 mois et le roman tourne autour de 530.000 signes. Avec le recul, je me rends compte que je pourrais l’écrire en deux fois moins de temps. Il y a eu des phases où j’ai écrit plus rapidement que d’autres.

La routine d’écriture de slim

Laura : Une question superbement rebattue, mais j’adore la poser. As-tu suivi lors de l’écriture de ce roman une routine d’écriture particulière ? Si oui, laquelle ?

Slim : Mes routines d’écriture c’est soit très tôt le matin pendant deux trois heures, soit très tard le soir, de 18 h à 2 h du matin. Le reste du temps, il vaut mieux que je réfléchisse à ce que je vais écrire, car la page blanche est trop forte. Je me coupe d’internet pour limiter les tentations. J’essaie de m’imposer d’avancer tous les jours pour voir que le roman progresse.

Je pensais ne pas pouvoir écouter de musique pendant que j’écrivais. Comme j’écris à l’oreille, j’ai besoin d’entendre le rythme des phrases, et j’avais peur que les chansons me perturbent trop. J’ai découvert récemment que si je mettais de la musique douce, sans paroles, ça me permettait de me concentrer vraiment et de me couper du monde. J’écris tout le bouquin avec la même chanson.

Je corrige au fur à mesure de l’écriture pour ne pas que le texte s’accumule. J’aime bien relire avant d’écrire la suite, ça m’aide à être sur des bases solides pour continuer. Ensuite, une fois que tout est écrit, je corrige, puis je relis le roman en entier à haute voix et je découvre de nouvelles choses.

L’écriture, une nécessité

Laura : Quel rapport entretiens-tu avec l’écriture ? Exutoire ? Rêve d’enfant ? Défi à relever ?

Slim : Je dirai que c’est une nécessité qui m’emmerde parfois.
C’est une nécessité parce que j’adore ça. Quand je sors d’une séance d’écriture c’est comme si j’avais fait beaucoup de sport… J’ai l’impression que c’est la manière de retranscrire le plus fidèlement possible ce que j’ai dans la tête. Quand j’écris un scénario il y a une vingtaine d’étapes qui vont transformer ce que j’ai fait en autre chose. J’apprécie le fait que dans l’écriture il n’y ait pas d’intermédiaire.

C’est une nécessité, car c’est quelque chose dont j’ai besoin dans la vie. Mais une fois qu’on est lancé c’est terriblement contraignant, c’est terriblement dur. Parfois je me demande pourquoi je me fais du mal comme ça alors que personne ne m’y oblige. Et au final le lendemain j’y vais quand même et je ressors de ma session d’écriture en me disant que ça vaut le coup. C’est le syndrome de Stockholm.
Mais il y a un plaisir latent dans l’écriture, même dans les moments de difficulté, parce que je sais qu’il y a une histoire qui se construit.

Laura : Quel liens as-tu avec tes personnages ? Tu te sens proche d’eux ? 

Slim : Bizarrement j’ai aussi une sorte d’affection pour mes personnages qui se développe. J’ai l’impression de rencontrer des gens que j’aime bien et quand j’arrête ils me manquent. C’est très bizarre comme sensation, mais on a l’impression d’être avec des gens qui existent, qu’on côtoie, qu’on connaît bien, et j’ai des scrupules lorsque j’arrive à la fin.

un artiste aux multiples talents

Laura : Sur internet, tu es présenté comme un auteur, réalisateur, scénariste. Y a-t-il une de ces activités qui prévaut pour toi ? Dans laquelle tu te sens la plus à l’aise ?

Slim : Je me vois vraiment comme un mélange dans le sens où j’ai l’impression qu’aucune de ces activités à temps plein ne me réjouirait si je faisais que ça, c’est une complémentarité.
J’adore réaliser pour la direction d’acteurs et en même temps c’est contraignant parce qu’il faut penser au découpage technique. Du coup quand je suis comédien ça me fait plaisir d’avoir juste à jouer mon rôle. Mais si je fais que ça je trouve que c’est frustrant au bout d’un moment.
Quand je suis scénariste sur du format court ou de fiction, je trouve ça génial parce que je sais que ça va être filmé, j’ai hâte de voir comment le comédien va le faire et en même temps au bout d’un moment le format d’écriture me lasse et donc je fais un roman…
Quand je finis un roman, je suis tellement fatigué que je me dis « plus jamais ça de ma vie » donc je repars sur autre chose.

C’est un cycle d’envie et de frustration. Et comme je commence à peine le métier d’auteur peut-être que dans quelques années ça changera je dirai que je suis plus auteur que réalisateur, mais pour l’instant je suis encore au stade de la découverte.

 

Y a-t-il des questions que vous auriez voulu poser à Slim ? Si vous avez apprécié cette interview, je vous invite à laisser un commentaire et à la partager autour de vous ! 

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