Bonjour Lucille, après avoir lu et apprécié Passeurs, c’est un plaisir de t’accueillir dans la rubrique Mots d’auteur à l’occasion de la sortie du second tome de ta tétralogie. Merci pour ta participation !  Pour plus de clarté, j’invite les lecteurs à prendre connaissance de la chronique du tome 2, écrite en miroir avec cette interview.

Présentation

Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Ecrivain. Gameuse. Amatrice de nourriture

Quelle description personnelle pourrais-tu nous donner de Passeurs ?

C’est un roman de fantasy qui reprend les codes et les clichés de la littérature adolescente de genre pour jouer avec. Rien de bien original, mais je n’ai pas lu tant de bouquins fantasy pour ados avec un anti-héros assumé, un univers décalé, et une bonne représentation LGBT. C’était ce que j’avais envie d’écrire.

Quelle est la genèse de ce projet ? Fruit d’une longue réflexion, d’une illumination subite ?

Ça faisait plus de 8 ans que l’histoire me trottait dans la tête quand j’ai décidé d’en faire un roman structuré.

 

Processus d’écriture

Le premier mot qui me vient en songeant à ta série Passeur est densité. L’univers est un trésor de richesse. Te livres-tu à un travail de préparation avant d’attaquer l’écriture ? Si oui, comment procèdes-tu ?

Tout d’abord, merci beaucoup ! Ensuite, je dirais qu’un roman sans plan est comme une maison sans fondations : tu peux continuer à construire les étages, mais un jour ou l’autre, ça finira par se casser la gueule. Donc, oui, ça demande un bon travail préparatoire de ce côté-là.

Pour l’univers, c’est le fruit  d’inspirations diverses : littérature de genre, jeux vidéo, musique, films d’animation…

Si je devais citer des exemples, je dirais : la saga À la croisée des mondes de Phillip Pullman, la série de jeux Tales of, les films de Miyazaki et les cartoons de la nouvelle vague américaine, le groupe de rock indé Team Me…

Quelles ont été les grandes étapes de la rédaction de ce roman ? Combien de temps a-t-il fallu pour poser le point final ?

J’ai tendance à écrire le début du roman avant de rédiger le plan, ce qu’il ne faut surtout pas faire. Ensuite, je sors mon plan détaillé, puis je m’attaque à la rédaction : compter une bonne année pour ça. Enfin, il y a les corrections : neuf mois pour le premier, trois pour le deuxième.

Raconte-nous un temps fort de l’écriture de ce tome 2.

C’est difficile de mettre le doigt sur un moment en particulier, car l’activité d’écrivain n’a rien de très spectaculaire. On reste enfermé dans sa chambre/bureau/toilettes et on écrit comme on peut. J’envie les illustrateurs et les musiciens dont le moindre gribouillis, la moindre répétition, paraît toujours génial.

T’inscris-tu dans une routine particulière ? Y a-t-il un contexte qui t’est plus favorable pour écrire ?

J’aimerais bien. Mais avec un job assez prenant à côté, j’ai du mal à dégager du temps. J’écris mieux le week-end, au calme, de préférence le matin. Avec un demi-litre de café.

Passeurs

Par ses thématiques, ce roman fait écho à certaines problématiques de la réalité. J’imagine que cela est une volonté de ta part. Mais comment aborder l’émigration, par exemple, dans une œuvre jeunesse ? Y a-t-il des choses qui t’ont bloquée ?

J’avais peur que le message ne soit pas assez clair. Et qu’il le soit trop. Apparemment, la thématique de l’immigration est bien visible, mais ça ne doit pas être le seul axe du bouquin. C’est un roman de fantasy, pas un pamphlet politique.

J’ai repris des passages pour m’assurer que les lecteurs comprennent bien les implications de la Milice et de la chasse aux clandestins.

D’une façon générale, il se dégage de Passeurs une impression de véracité. Qu’il s’agisse du langage fleuri de Jeff ou de la cruauté de la Milice, rien n’est édulcoré. As-tu déjà dû reprendre où adoucir quelques passages ?

J’ai longuement hésité sur un point : le langage fleuri et les jurons. Moi, j’adore ça, et les ados ne s’en privent pas. Les éditeurs, par contre… En littérature jeunesse, dans ce pays, on est un peu frileux. J’ai fini par laisser les insultes, ça me paraissait plus réaliste. Aujourd’hui, les lecteurs me reprochent plus les (nombreuses) morts que les gros mots…

Il y a dans tes romans une multitude de personnages. Duquel te sens-tu le plus proche ? Pour quelle raison ?

Je dirais que je suis un mélange de Jeff et d’Aja. Jeff, pour le côté râleur, flemmard, froussard… Aja, qui est empathique, et toujours à côté de la plaque, comme moi.

Mais on met toujours un peu de soi dans ses premiers romans, et il y a une petite partie de moi dans chacun de mes personnages – y compris Varsoff.

De belles illustrations sont proposées sur ta page auteur pour nous présenter, entre autres, tes personnages. Est-ce un travail de commande ? Comment s’est déroulé la réalisation des illustrations ?

J’ai une chance incroyable. Deux de mes meilleures amies, Malice et Blackmailer, sont des illustratrices surdouées. On travaille ensemble sur divers projets et elles m’ont suivie sur celui-ci. Je leur laisse totalement carte blanche.

Si vous voulez faire plaisir à vos yeux, allez voir le book de Malice et l’Instagram de Sarah.

Aventure éditoriale

Parle nous de la quête éditoriale de Passeurs ? A-t-il été difficile de trouver un éditeur ?

Je fais partie de ces exaspérants petits veinards qui ont trouvé leur éditeur rapidement. J’ai fait une dizaine d’envois avant d’avoir une réponse positive.

Y a-t-il une anecdote qui t’a marqué après la publication du premier tome de passeurs ?

Je n’avais que très peu évoqué mes projets éditoriaux autour de moi avant d’avoir signé mon contrat. Quand je l’ai avoué à mes parents, ils étaient si surpris qu’ils en ont parlé à tout le monde. À l’occasion d’un dîner de famille, un habitant de leur village, écrivain de longue date, leur a sorti en rigolant : “Fierté des parents, et pour l’auteur, vingt ans d’emmerdes.”

Je pensais qu’il plaisantait. Je n’en suis plus si sûre.

Comment as-tu abordé l’écriture de ce second tome ? Les retombées éditoriales du premier tome t’ont influencée ?

J’ai essayé d’être plus structurée dans mon approche. J’ai aussi soigné mon style pour me débarrasser des problèmes les plus récurrents : répétitions, abus d’adverbes, rythme…

J’ai tenté de tenir compte des critiques, mais dans l’ensemble les retours étaient plutôt bons : je me suis dit que je devais faire quelque chose de bien quelque part.

As-tu d’autres projets en cours dont tu souhaiterais nous parler ?

Déjà, arriver au bout de cette saga : ce sera une tétralogie, un choix que j’ai l’occasion de regretter tous les jours. Le premier tiers du tome 3 est terminé… On en voit le bout. De très loin et avec de grosses lunettes.

Merci beaucoup Lucille pour ton enthousiasme et ton dynamisme
Je vous invite à découvrir le tome 2 de Passeurs paru le lundi 23 octobre.
N’hésitez pas à jeter un coup d’oeil à la chronique pour vous laisser convaincre 😉

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