On dit qu’il existe deux types d’auteurs, les scripturaux et les structuraux. Certains préfèreront se lancer au fil de l’inspiration quand d’autres planifieront en détail les chapitres et la structure de leur histoire. Samantha Bailly l’évoque d’ailleurs avec brio à travers l’une de ses vidéos YouTube. Après quelques semaines d’absence, je reviens aujourd’hui pour m’attaquer à ce sujet de taille : Est-il bon de faire un plan avant de se lancer dans l’écriture ? Quels sont les avantages et les inconvénients de planifier un roman ?

Vous l’aurez deviné, le but de cet article n’est pas de déterminer la meilleure marche à suivre, une telle approche serait aussi illusoire que vaine. C’est à vous d’adapter la méthode qui vous conviendra le mieux. L’objectif est de vous aider à amorcer cette réflexion. Plutôt que de confronter bêtement les auteurs scripturaux et structuraux, j’ai choisi de vous faire part de ma propre expérience. En effet, lors de l’écriture de mes romans, j’ai été amenée à expérimenter ces deux écoles.

Quand l’inspiration ne suffit plus

L’envie de se laisser porter et d’écrire au fil de la plume est souvent très présente lorsque l’on débute. Pour mes premiers textes, je n’ai  pas échappé à la règle. Je me lançais jusqu’à épuiser le flux créatif, sans me questionner sur l’architecture du projet. J’en éprouvais une certaine liberté, doublée de l’envie de découvrir la fin de l’histoire.
Toutefois, cette méthode recelait quelques vices. Je me retrouvais face à des problèmes que je n’avais pas su anticiper où m’enlisais dans la page blanche faute d’idées. Pourtant, cela finissait toujours par se débloquer, sans que je n’éprouve le besoin de planifier d’avantage.

Mais avec l’expérience, mon rapport à l’écriture a changé. J’ai intellectualisé davantage et les traversées du désert furent plus nombreuses. Se laisser porter ne suffisait plus. Certains projets ne peuvent en effet souffrir de la plus petite incertitude (vous n’écririez pas un roman policier sans savoir qui est le tueur ?) Ainsi, plus j’avançais dans l’écriture, plus je prêtais attention au rythme et au jeu de miroir des chapitres. Or, pour que ceux-ci entrent en résonnance, il m’a fallu recourir à un plan plus précis.

planifier un roman : première tentative

Afin de prévenir la page blanche autant que les incohérences qui pouvaient parfois jaillir d’un manque de préparation, je me suis armée d’un carnet. (Cela tombe bien, mon étagère en est remplie !). Mais pour l’auteure scripturale que j’étais, l’entreprise paraissait bien artificielle et difficile. J’ai donc tenté de procéder par ordre, en planifiant mon histoire chapitre par chapitre. Chacun d’eux comportait un titre, puis un court résumé. Cela me permettait de baliser mes idées, et de m’assurer que ces derniers avaient leur utilité. Je creusais ensuite plus avant en découpant ces mêmes parties par scènes. Dans un autre coin de mon carnet, je m’attelais aux fiches de personnage. Rien de bien original, il s’agissait d’une liste détaillant les caractéristiques, l’histoire et le cadre de vie de mes protagonistes.

Le résultat fut un échec, en partie tout du moins. Et ce, pour trois raisons :

Les failles de l’approche structurale

.Comme je réfléchissais très (trop ?) en amont, j’avais des difficultés à empiler les scènes les unes à la suite des autres. La page blanche me poursuivait parfois jusque dans ces carnets, creusant des trous entre deux chapitres.

.Même problème concernant les fiches de personnage. Il s’agissait d’individus encore frais dans mon esprit, que je n’avais pas eu l’occasion de côtoyer. Impossible pour moi de leur coller des étiquette sans avoir l’impression de créer un personnage de façon cliché ou hasardeuse.

.Enfin, dans les rares cas où planifier mon roman fut un succès, cela m’a ôté toute envie d’écrire. Pourquoi donc raconter ce récit puisque j’en connaissais chaque détail ? En planifiant de façon excessive, j’avais perdu ce qui m’animait dans l’écriture.

expérimenter et trouver sa méthode

Devant l’échec de ces deux approches, j’ai senti qu’il me fallait  un peu plus de demi-mesure. La méthode s’est finalement imposée à moi durant l’écriture de mon dernier roman contemporain, pour lequel j’ai travaillé sur quatre versions successives. Autant vous dire que cela m’a laissé un grand champ d’expérimentation. Voici donc ma façon de procéder :

Oubliant carnet et fiche, je profite de l’exaltation que fait naître en moi une nouvelle idée pour me plonger dans l’écriture. Cela me permet de faire connaissance avec mon texte et mes personnages de façon concrète, empirique. Les débuts sont pour moi des moments de rencontre. Ce n’est qu’ensuite que je m’accorde une pause pour regarder en arrière.

Je profite de ce flux créatif pour rédiger les trente ou cinquante premières pages. De cette manière, l’écriture garde son côté ludique, et je travaille avec une grande liberté. Passé ce cap, je balise mon histoire. Pour cela, je prends le temps de relire mon travail. Cette première relecture fait office de test : est-ce que le texte tient la route ? Est-ce qu’il me plait ? Cela me permet également de me replonger dans l’histoire pour attaquer le plan.

Ce dernier est relativement simple. Je découpe et ordonne les passages déjà finis (j’écris souvent de façon chronologique) puis note la suite de l’histoire sous forme de chapitre. Je garde également quelques pages blanches pour lister les scènes que j’ai en tête et voir comment elles se répondent.  Mon plan reste relativement souple, je le modifie au fil de l’écriture. De cette manière, je garde une certaine sécurité, tout en me laissant porter par mes idées. Je fais de même avec les personnages en me contentant de noter leur évolution (à savoir qu’il s’agit d’un roman contemporain, les protagonistes et leur intériorité ont donc une place primordiale). J’ajoute ensuite à tout cela des passages ou citations qui me viennent en tête et colorent le récit. Mes notes restent cependant courte, le carnet est un outil.

En conclusion : Structurer n’est pas s’enfermer

À l’occasion de ce quatrième roman, j’ai découvert que planifier en amont, et non pas lorsqu’un blocage se fait sentir, m’a permis de me libérer d’un certain nombre de problèmes.

.J’évite les hésitations et les retours en arrière qui ralentirait mon écriture.
.Je garde une image mentale nette de mon roman qui facilite l’amorce de l’écriture
.Je peux enfin remplir les jolis carnets que l’on m’offre (si, si, c’est important ! J)
.Je laisse une grande place à l’inspiration, puisque mes notes se présentent sous la forme d’une liste de scènes qui peut se moduler à loisir et où rien n’est véritablement figé.

Ainsi, je suis passée d’une inspiration libre, à une méthode de planification un peu plus souple, empruntant à ces deux écoles, qui me confère une plus grande confiance en mon texte. Force est de constater que me questionner sur mes mécanismes d’écriture a été bénéfique puisque depuis le début 2018, j’ai échappé à l’angoisse de la page blanche tout en avançant de façon significative dans l’écriture de mon dernier roman.

 

La semaine prochaine, un autre article illustré sur la structure d’un roman viendra compléter ce témoignage.
D’autres méthodes pour préparer l’écriture d’un roman ?
N’hésitez pas à réagir en commentaire ou sur les réseaux sociaux 😉 

 

2 Comments

  1. Cha 2.0

    23 mai 2018 at 23 h 07 min

    Hello !

    J’aime bien ton article, ta manière d’écrire est agréable à lire, on t’entend parler 🙂 mais en plus net ! Et il est bien structuré je trouve 😉

    1. Laura

      3 juin 2018 at 23 h 24 min

      Merci beaucoup à toi, c’est le but en effet 🙂
      Bonne continuation !

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