Slimane-Baptiste Berhoun est un auteur, réalisateur et acteur. Nous lui devons de nombreux projets et webséries. (J’ai jamais su dire non, La Théorie des Balls, Le secret des Balls, pour ne citer que cela). Il fait également partie de l’équipe Frenchnerd. Slim incarnait le personnage d’Henry dans la très chouette série Le Visiteur du Futur.

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion de dévorer le livre La Meute, écrit par François Descraques et Slimane-Baptiste Berhoun.

Ce roman publié chez Bragelonne se passe dans l’univers du Visiteur du Futur. Il séduira aussi bien les amoureux de la série que les nouveaux venus. Ce fut pour ma part un vrai coup de cœur qui m’a donné envie d’aller à la rencontre de son auteur.

Avant de commercer, je tiens à remercier une nouvelle fois Slim pour avoir accepté cet entretien. Il s’est prêté au jeu avec enthousiasme et bonne humeur. Ce fut un plaisir de lui poser des questions sur La Meute et sur son écriture.

Phase d’écriture

Laura : Comment s’est déroulée l’écriture de La Meute ? Était-ce une écriture à quatre mains ?

Slim : Ce n’est pas à proprement parler une écriture à quatre mains, c’est une réflexion à deux cerveaux et ensuite une écriture à deux mains.

Il y a une partie de l’histoire qui appartenait à la saison 4 que François n’avait pas pu mettre. Quand Bragelonne lui a proposé de faire une novellisation de la série il s’est dit que c’était l’occasion de continuer l’histoire plutôt que de la réécrire et qu’il pourrait mettre dans le bouquin une partie de ce qu’il n’avait pas pu intégrer dans la saison 4.

Il m’a proposé de l’écrire parce qu’il sait que j’aime ça et que j’ai un style plus littéraire. Lui est très bon dans le côté structurel de l’écriture, moins dans la forme.

On réfléchissait tous les deux sur l’histoire dans sa globalité puis on a chapitré par épisode. Je prenais des notes au fur et à mesure pour chaque épisode (de 100.00 signes). On avait une dizaine de bullet point par épisode : ils se présentaient en une phrase qui décrivait une scène.

Je passais ensuite à la rédaction et j’étais amené à rajouter beaucoup de choses.

 

Laura : Est-ce que tu as perçu la limite de signes comme une contrainte ?

Slim : Ce n’était pas tant une contrainte qu’un moyen de se repérer. C’était la première fois que j’écrivais, dans un scénario, je sais quantifier le texte par rapport au temps et au nombre d’action que ça représente. Contractuellement, il fallait que l’on fasse 500.00 signes et je n’avais aucune idée de ce que ça pouvait représenter en temps et en histoire.

Le faire par épisode m’a permis de niveler l’effort, de temporiser. Soit je faisais lire à François à la fin des 100.000 signes soit je lui faisais lire au tiers. Je n’avais pas besoin qu’il valide les personnages puisque je les connaissais pour les avoir côtoyés ou inventés. Je me référais à François pour les aspects mythologiques de son monde, il me relisait pour assurer l’homogénéité de l’univers et de la temporalité.

De la série au roman

Laura : D’un point de vue formel, comment passe-t-on d’une écriture scénaristique à une écriture romanesque ?

Slim : L’écriture scénaristique m’a aidé à appréhender le roman. Cela nous a donné des références de structures et des points de repère dans le temps. On avait des paliers à atteindre. Ça fait dix ans que j’écris des scénarios que ce soit pour des entreprises ou des web séries, et il y a un côté extrêmement frustrant dans le scénario qui nous oblige à faire court. On doit rester sur du fonctionnel, de l’utile, et le fait de passer à l’écriture romanesque m’a permis de prendre de la place, d’évacuer cette frustration.

La réalisation m’a aussi aidé dans l’écriture. Quand tu réalises, tu es amené à réfléchir à l’endroit où tu poses ta caméra, savoir ce que tu vas montrer… Finalement, j’ai écrit de la même manière que je réalise. Je mets l’œil sur un gros plan, ensuite j’élargis la scène.

(Note Laura : cela se ressent d’ailleurs beaucoup à la lecture, c’est très visuel. Je n’ai eu aucune difficulté à m’imaginer les actions des personnages. D’ailleurs, j’avais l’impression d’entendre leurs répliques, elles sonnaient très vrai, ça fonctionnait bien.)

 

Laura : Vous avez choisi le format roman, car il était difficile – entre autres – de montrer des passages d’enfance du visiteur avec de jeunes acteurs tout en composant avec les impératifs d’une web série. Comment s’est passée la transition ?

Slim : J’avais un poids particulier sur les épaules, on passait du format web sérié gratuit au format papier payant et de quinze personnes qui interprètent les personnages à une seule qui écrit. J’avais ce sentiment d’obligation de restituer le plus fidèlement possible les personnages et l’ambiance de la série.

J’ai commencé à écrire après la fin du tournage de la saison 4 où on a été un mois tous ensemble sur le tournage, ce qui fait que j’avais les personnages dans l’oreille, et comme j’ai une mémoire auditive, c’était assez facile de les faire parler avec leur propre phrasé.

Le fait que le roman soit du point de vue d’Henry (personnage incarné par Slim) a rendu la chose plus facile.

 

Laura : Justement, est-ce que le choix de ce point de vue est dû au fait que c’est toi qui écris l’histoire ou cela se justifiait-il dans l’intrigue ?

Slim : Quand François m’a demandé de l’écrire, il m’a dit que ça serait intéressant de le faire du point de vue d’Henry. Je lui fais assez confiance dans le fait que ses choix ne sont pas dictés par l’amitié, mais par ce qui sert l’histoire. J’étais très content de pouvoir rentrer dans la tête d’Henry et expliquer un peu plus ce qu’il pouvait ressentir.

 

Laura : Retrouve-t-on de toi dans le personnage d’Henry ? Notamment dans le fait qu’il soit humaniste ?

Slim : Je pense qu’il y a forcément de moi dans le personnage. Dans le Visiteur, dès le début, les dialogues étaient à titre indicatif. On pouvait se les réapproprier. Le côté volubile d’Henry et sa façon de parler viennent du fait que j’aime bien les mots, et j’ai tiré ça vers la caricature du mec qui s’écoute parler.

Dans le roman, il y a beaucoup de réflexions d’Henry qui viennent de moi, dans ses réflexions sur l’amitié, sur le sentiment paternaliste qu’il pouvait ressentir par moment pour les enfants et le Visiteur… Je pense qu’il y a de ma propre sensibilité dans ces moments-là.

Le terme « humanisme » m’est venu assez spontanément quand j’ai commencé à jouer Henry. J’oscille entre des moments de foi en l’humanité et des moments de désespérance. Peut-être qu’à travers Henry j’ai envie de faire pencher la balance du côté positif.

Une ŒUVRE indépendante

Laura : La meute a-t-elle été pensée comme un roman se suffisant à lui seul ou comme une suite ?

Slim : Chacune des saisons du visiteur est pensée de manière indépendante, même si elle est la suite des autres. Le roman c’était la même chose. Il fallait qu’on puisse découvrir cet univers, mais aussi accrocher aux problématiques, aux enjeux de l’histoire tout en faisant des références pour quelqu’un qui connaitra.

On voulait que ce soit indépendant comme une saison à part entière. Il y a des gens qui ont d’abord découvert le roman puis la série. Beaucoup disent qu’il faut avoir vu le visiteur pour lire le roman. Je ne suis pas d’accord, je pense que c’est une idée toute faite, car il y a le visage du visiteur sur la couverture. Mais les gens ne se sont pas demandé si, sans connaitre l’histoire, ils n’auraient pas pu rentrer dedans. Et je pense que c’est possible.

(Note de Laura : Je te rejoins sur ce point. Le roman, par sa construction et sa densité, peut exister seul à mon sens)

 

Slimane-Baptiste Berhoun étant un grand bavard, je vous retrouve bientôt pour la partie II de cette interview. On parlera personnage, routine écriture et processus de création. Et une chose est sûre, il y aura encore beaucoup à dire !

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